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    L’IA est déjà dans leurs cartables : apprenons aux élèves à s’en servir

    Du primaire à l’université, les élèves utilisent déjà l’IA — sans cadre, sans formation et sans recul. Une tribune de Caroline Zirakzadeh, Senior Partner, StratEdge.

    #AI Literacy#Education#Switzerland#AI Governance

    Des salles de classe du primaire aux auditoires des universités, nos élèves utilisent massivement l’intelligence artificielle pour rédiger leurs dissertations, résoudre leurs exercices, construire leurs arguments et produire leurs analyses, le plus souvent sans cadre, sans formation et sans le recul nécessaire. Ce n’est pas une tendance à venir, c’est le quotidien de nos classes. Et pourtant, la Suisse continue de l’ignorer.

    Ailleurs, plusieurs autres pays ont déjà tranché. Les Émirats, la Chine, la Corée du Sud, l’Inde, Singapour: l’IA est matière obligatoire dans leurs écoles, dès le primaire. Ces pays estiment qu’un outil aussi puissant ne peut pas rester en marge de la scolarisation. En Suisse, le brevet fédéral de spécialiste en IA a démarré en 2025 et ses premiers diplômés sortiront en 2026, mais il n’existe toujours aucun programme national pour la scolarité obligatoire, alors que l’IA transforme déjà les métiers auxquels nos élèves se destinent. Nous formons des experts, mais nous négligeons la base: nos enfants.

    Le vrai risque n’est pas que les élèves utilisent l’IA. C’est qu’ils l’utilisent trop vite, sans l’effort de penser. Quand une machine rédige, reformule, argumente, résout des problèmes à sa place, l’élève perd l’occasion de construire son raisonnement, de développer son jugement, d’apprendre à nuancer, de travailler en équipe. Le résultat? Une pensée critique anémiée et un appauvrissement graduel des compétences cognitives et relationnelles, celles-là mêmes qui permettent de comprendre le monde, de collaborer et de savoir prendre des décisions.

    Les chercheurs parlent aussi du phénomène d’emotional offloading: en déléguant leur raisonnement émotionnel à l’IA, les jeunes ne développent plus les compétences humaines fondamentales que sont l’empathie, la résilience et l’intelligence émotionnelle, ces aptitudes profondément humaines. Former des élèves capables d’utiliser la technologie avec discernement, c’est déjà former les adultes dont la Suisse aura besoin demain.

    La solution existe pourtant. L’enjeu n’est pas de protéger les élèves de l’IA, mais de leur apprendre à s’en servir sans s’y abandonner. Ce n’est pas seulement une question de moyens, mais une question de priorités. D’autres pays l’ont compris avant nous. Cela implique des programmes clairs, des enseignants formés et une vision nationale: enseigner l’IA tôt, apprendre à la questionner, à en évaluer les résultats, savoir quand et à quelle fin l’utiliser, tout en cultivant la pensée critique et l’intelligence émotionnelle.

    L’enjeu n’est pas de protéger les élèves de l’IA, mais de leur apprendre à s’en servir sans s’y abandonner. Ce n’est pas seulement une question de moyens, mais une question de priorités.

    — Caroline Zirakzadeh, Senior Partner, StratEdge

    Publié dans 24 heures et la Tribune de Genève : lire l’article original sur esm.ch

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